Orques en danger : le prix de la politique américaine sur la côte ouest
Le musellement de scientifiques et les suppressions de postes dans des agences fédérales de recherche américaines suscitent de vives inquiétudes au Canada quant aux efforts transfrontaliers de conservation des épaulards, espèce emblématique de la côte ouest en voie de disparition. Depuis l’entrée en fonction du président Donald Trump, la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA), l’agence américaine d'observation océanique et atmosphérique, traverse une phase de La NOAA est une agence gouvernementale qui étudie les océans, l'atmosphère et le climat. Elle est responsable de la protection des orques aux États-Unis et fournit également un large éventail de prévisions et de données, essentielles à la conservation de ces cétacés du côté canadien. Depuis plusieurs semaines, au sein de l'agence, des centaines d’employés ont été mis à pied, des communications avec des chercheurs étrangers sont interdites et les compressions budgétaires menacent des programmes de recherche et le financement d'organisations. Ce C’est horriblement difficile de sauver une espèce transfrontalière si on ne peut même plus parler aux gens de l’autre côté de la frontière. Les épaulards résidents du Sud, en voie de disparition, ne comptent plus que 73 individus, selon le dernier recensement de juillet 2024. Leur aire de répartition s’étend sur plus de 2000 km de côtes, de la Californie à l’Alaska, en passant par la Colombie-Britannique. Trois menaces principales pèsent sur leur survie : les contaminants, la diminution du saumon quinnat - leur principale proie - et les perturbations physiques et acoustiques. Les épaulards résidents du Sud vivent notamment dans des zones maritimes plus urbaines, entre Vancouver, Victoria et Seattle, où ils sont menacés par le trafic maritime et la pollution. Photo : Radio-Canada La NOAA travaille normalement de manière C’est facile pour nous d’être à l'affût des dernières propositions lunatiques du président Trump. Mais on doit garder en tête le prix à payer : une espèce aussi en danger que les épaulards résidents du Sud n’a pas le luxe du temps. De l’île Whidbey, dans l'État de Washington, Howard Garrett, le président de la station de recherche Center for Whale Research, s’attend à une suspension d'un jour à l'autre du financement qu’il reçoit de la NOAA. Actuellement, le centre reçoit de 12 à 15 % de son financement total de la part de l'agence fédérale. Ça fait très peur et c’est très perturbant. On ne sait pas ce qui nous attend. La façon dont la tronçonneuse est passée sur les agences fédérales, n’importe qui pourrait être écarté à tout moment de tout contrat ou de tout financement. Howard Garrett affirme que l’organisation pourra maintenir ses activités grâce à d’autres sources de revenus, mais il craint que la guerre tarifaire avec le Canada ne les amenuise, elle aussi. Photo : Radio-Canada / Soumise par le Center For Whale Research Depuis 1976, le centre de recherche suit et documente chacun des individus restants d’épaulards résidents du Sud. Ces espèces sont Radio-Canada a sollicité en entrevue un spécialiste des épaulards résidents du Sud de la NOAA Fisheries pour cet article. C’est un responsable des affaires publiques pour la région de la côte ouest qui a répondu à Radio-Canada, en affirmant que l’organisation ne pouvait Des membres de la famille « L» vus dans le détroit de Haro le 24 janvier 2020. Les épaulards résidents du Sud sont composés de trois groupes distincts – le groupe J, le groupe K et le groupe L –, des groupes familiaux matriarcaux très unis. Photo : Dave Ellifrit/Centre for Whale Research Dans un monde de partage de ressources et transmission de connaissances, ce silence radio est très préoccupant, pour Andrew Trites. Il y a plein de scientifiques pris au piège, ils ne savent pas quoi faire. Ils ne savent même pas quelles seront les conséquences s’ils nous écrivent, même juste : "Bien le bonjour". Tout le monde a peur, je pense. Howard Garrett n'entrevoit Le président du centre de recherche américain a également bon espoir de maintenir la collaboration avec les Canadiens, Pêches et Océans Canada (MPO) soutenant toujours son organisation. Les épaulards résidents du Sud, en voie de disparition, ne comptent plus que 73 individus, selon le dernier recensement de juillet 2024. (Photo d'archives) Photo : C. Emmons/NOAA Fisheries Au début de mars, le gouvernement fédéral a refusé d'adopter un décret d’urgence pour protéger les épaulards résidents du Sud et a plutôt opté pour la mise en place de Celles-ci incluent notamment un agrandissement des limites de distances d’approche des navires et une interdiction d’utiliser des substances toxiques pour ces cétacés.destruction
, affirme Michael Jasny, directeur du Projet de protection des mammifères marins au Conseil de défense des ressources naturelles (NRDC), basé à Vancouver.repli complet
des scientifiques fédéraux américains pourrait avoir des effets dévastateurs sur la protection des épaulards résidents du Sud, une population d'orques en péril le long de la côte Pacifique, déplore Michael Jasny, lui-même américain, de double nationalité canadienne. La science est paralysée
, lance-t-il.Les épaulards
ne voient pas de frontière

complémentaire
avec Pêches et Océans Canada pour l’étude de ces espèces. Sans ces informations, les chercheurs canadiens n’ont accès qu’à une partie du puzzle de la conservation
, explique Michael Jasny.Les épaulards n’ont pas voté [aux élections américaines], ils ne voient pas de frontière
, renchérit Andrew Trites, directeur de l’Unité de recherche sur les mammifères marins à l’Université de la Colombie-Britannique (UBC).C’est aux gens des deux côtés de la frontière, à nous, les scientifiques, de faire tout ce qu’on peut pour comprendre ce qu’il se passe. Et là, c’est comme si on commençait à rentrer dans une boîte noire
, confirme-t-il.Climat de peur et d'incertitudes au sud de la frontière

extrêmement en danger
, et ce travail est vital
, vu la taille de leur population, affirme-t-il.La NOAA dit
rester fidèle à sa mission
formuler d'hypothèses sur les effets des changements de financements et de politiques
.La NOAA reste fidèle à sa mission, qui consiste à fournir des informations, des recherches et des ressources en temps utile au public américain et à garantir la résilience environnementale et économique de notre pays
, écrit le porte-parole Michael Milstein, dans un courriel.
Le Canada doit prendre les devants
aucune lueur d’espoir
concernant un changement de cap de l'administration Trump. Il souligne par contre que la population s'implique beaucoup pour sauver ces cétacés et qu'elle est très sensibilisée à la question.
Si les États-Unis abandonnent leurs responsabilités, le Canada doit prendre les devants
, affirme de son côté Michael Jasny, en demandant la mise en œuvre rapide
et solide
des dernières mesures de conservation annoncées par Ottawa.mesures supplémentaires
à celles déjà en vigueur.
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